07.03.2007
Quand la glace fond, ça fait pas de bruit
On nous a tellement répété que sans la France, nous ne serions rien, nous présentant Maurice ( pardon pour eux) et Madagascar ( pitié pour eux) comme repoussoirs, que ça a fini par entrer. Désormais, c’est une vérité établie que celle qui dit que « nous ne pouvons pas – plus ? – nous passer de la France ».
Notre reconnaissance envers la mère patrie devrait en réalité être si grande, si grande, que nous ne devrions même pas, ingrats que nous sommes, nous poser la question de savoir si nous pourrions vivre sans elle.
Nous sommes mineurs, nous sommes un peuple mineur, incapable de choisir sa destinée, de se gouverner lui-même et qui aura toujours besoin d’un tuteur.
Politiquement, c’est vrai que sans la France, nous serions peut-être, sûrement, sans doute une de ces îles où le personnel politique ne se renouvelle pratiquement jamais. En clair, une dictature. Alors que là, grâce aux élections démocratiques, nous avons un personnel politique qui ne se renouvelle presque pas. La nuance est dans le presque. Soyons justes : ils songent tout de même à nous proposer leur progéniture en guise de renouveau du personnel politique. C’est bien. Ca a l’avantage de la permanence dans le changement. Une sorte de rupture tranquille, si vous voyez ce que je veux dire…
Economiquement, c’est vrai que des petits pays qui s’en sortent bien sans l’aide d’un parrain, il n’y en a pas des masses. Singapour peut-être ? Régime relativement autoritaire c’est vrai mais bon, on ne peut pas avoir à la fois la prospérité économique ET les libertés. C’est l’un OU l’autre. Et puis, Singapour n’est pas vraiment une île, et puis elle est rattachée à l’Asie alors que nous… nous n’en finissons plus de renier l’Afrique et Madagascar ( sauf, pour Madagascar, les capitaines d’industrie, vous aviez remarqué ?), nous avons une communauté : tamoule qui se tourne de plus en plus vers l’Inde, chinoise vers la Chine, musulmane vers la Mecque ( c’était facile, j’en conviens), sans oublier les yabs ( qui se tournent vers ??) et les zoreils ( France, douce France), les cafres ( qui se tournent vers… ce qu’ils peuvent). Quant aux métis ( chez nous, on dit bâtard : bâtard chinois, bâtard malbar, zarab, etc…), ils ont depuis longtemps perdu le nord, ça ne les dérange pas, ils s’en fichent et ont bien raison).
Après cette longue digression, dur, dur de retrouver le fil. Le voici : économiquement, donc, comment nous en sortir ? Si les capitaines d’industrie pouvaient nous le dire, ce serait bien. Malheureusement, trop occupés à faire des profits, ils en ont oublié d’où provenait leur prospérité et quand ils s’occupent du développement local, c’est pour pouvoir faire des profits. C’est comme ça qu’ils aiment leur île : en en tirant le maximum qu’ils peuvent. Ce n’est donc pas vers eux qu’il faut se tourner. Alors vers qui ? Telle est la question. Singapour, non : situation trop différente on l’a dit. Les Maldives ? Autoritaire aussi comme régime. Ile presque plate menacée de disparition si les glaces continuent de fondre et il n’y a pas de raison qu’elles ne le fassent pas : vous avez déjà essayé de faire tenir une glace en plein soleil, vous ? C’est vrai qu'aux pôles le soleil ne brille pas toute l’année. Alors ? A n’y rien comprendre. Les Maldives : éliminées tant que les glaces fondront. Que nous reste-t-il comme exemple à prendre ? La Martinique et la Guadeloupe ? Histoire – du peuplement - trop différente de la nôtre. Pas assez de points communs, hormis ( détail ?) l’esclavage.
Alors ? Il y a bien un endroit sur cette terre ressemblant suffisamment à la Réunion pour qu’on puisse le prendre comme modèle, non pas pour le copier bêtement mais au moins pour s’en inspirer car l’inspiration, ça ne vient pas seul. Ceux à qui elle ne vient pas n’en savent rien. Les autres en savent quelque chose. Je cherche dans mon atlas et je vous tiens au courant dès que j’ai trouvé quelque chose. Ca marche ?
Nazir
18:05 Publié dans Regard sur l'extérieur | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
02.08.2006
La Honte
Israel*: Nous tirons aussi sur des enfants, n'est-ce-pas*?
We Shoot Children Too, Don't We
Dan Almagor, 04 août 2002
Dan Almagor est Israélien, professeur de littérature. Il est bien connu dans toute la Palestine, comme auteur de pièces de théâtre, et comme invité des plateaux de télévision. Le texte que nous publions est extrait d'un poème qui fit sensation à Tel Aviv, lorsqu'il fut lu au cours d'une manifestation qui marquait le premier anniversaire de la première Intifada. Dan Almagor l'avait écrit après avoir visité la ville de Naplouse pour la première fois. Avant de l'écrire, il y retourna pour être sûr, cette fois accompagné d'un ami proche, le Ministre de la Défense de l'époque, rien moins que le général Yitzhak Rabin, avec qui il coupa les ponts ensuite.
La plupart de ces gens désirent vraiment
Faire la récolte de leurs oliviers
Comme ils l'ont fait pendant des centaines d'années.
La plupart de ces gens désirent vraiment élever leurs enfants
Non pas à jeter des pierres
Ou des cocktails Molotov,
Mais à étudier en paix,
Jouer en paix,
Et brandir un drapeau.
Un drapeau.
Leur drapeau.
Et face à ce drapeau, pleurer,
Comme nous l'avons fait, cette nuit-là, alors, tout excités que nous étions.
Et nous n'avons aucun, n'avons aucun, n'avons aucun
Droit au monde
De leur voler ce désir.
Ce drapeau,
Ces larmes,
Ces larmes qui viennent toujours, toujours
Après toutes les autres.
Commençons à préparer notre défense.
Nous en aurons besoin assez vite.
Tous ceux qui l'ont vraiment fait.
Et ceux qui le font encore.
Et ceux qui se taisaient,
Et ceux qui le font encore.
Et ceux qui n'ont rien dit
Et ceux qui gloussent, disant
« Quelque chose doit être fait, vraiment;
(Mais pas ce soir. J'ai un concert,
Un gala,
Un anniversaire!) »
Oui, nous serons tous appelés à comparaître un jour
Aux procès des Colonels.
Les procès des Colonels arrivent,
Leur temps viendra, il doit en être ainsi.
Les procès des Généraux, des Colonels,
De la division, du bataillon,
Et des sous-officiers.
Impossible d'y échapper.
C'est ainsi que l'histoire travaille.
Que dirons-nous alors?
Que diront les colonels, les capitaines, les caporaux?
Que diront-ils
De ces terribles tabassages,
La Brutalité,
Des maisons détruites,
Et plus que tout, l'humiliation.
Cette humiliation.
Des malades obligés de nettoyer les écrits sur les murs.
Des vieillards obligés de descendre un drapeau
D'un pylône électrique
Qui ont été électrocutés, ou sont tombés
Et se sont cassé les jambes.
De ce vieux porteur d'eau
À qui des soldats ordonnèrent de descendre de son âne
Et s'amusèrent de lui, pour le plaisir.
Nous prêtons une oreille sourde.
Nous prêtons un cœur sourd.
Méchants, arrogants, muets.
Qui croyons-nous être?
Qui nous a donné le droit
D'être aussi sourds, aussi muets?
Ignorant l'évidence : Ils sont aussi humains
Que nous, aussi humains que nous.
Au moins aussi humains que nous avions l'habitude de l'être.
Il y a seulement quarante-et-un ans.
Pas moins zélés, pas moins intelligents
Aussi sensibles, aussi remplis d'espoir.
Ils aiment leurs femmes et leurs enfants
Comme nous les aimons, pas moins.
Et nos enfants maintenant tirent sur les leurs
Avec des balles en plomb, en caoutchouc, et des gaz.
L'État palestinien sera.
Il sera.
Ce n'est pas un poète qui l'a écrit.
C'est l'Histoire qui l'écrira.
Et des saisons arriveront, et des saisons s'en iront,
Et la vie continue comme tous, très bien, nous le savons.
Mariages, et naissances, et morts, toujours pareil -
Mais seulement la honte de cela. La honte.
Dan Almagor
We Shoot Children Too, Don't We
Texte anglais : http://www.umassd.edu/specialprogra...fairs/shoot.htm
04 août 2002 © Solidarité-Palestine - E-mail: webmaster@solidarite-palestine.org
18:13 Publié dans Regard sur l'extérieur | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
05.06.2006
Les étoiles
Salam,
le soleil va se coucher. D'ici trois quarts d'heure, il aura disparu de l'horizon, plongeant peu à peu la terre dans l'obscurité. Apparaîtront, timidement d'abord, puis de pus en pus hardies, les étoiles. La Voie Lactée sera alors bien visible. De même que la lune et tout ce que le ciel compte de merveilles, visibles ou invisibles. Ce spectacle quotidien offert à nos esprits a-t-il encore quelque chance, à notre époque, de susciter l'émerveillement, l'émotion, la sensation intime de notre fragilité face à cette immensité ? Immensité dont nous ne discernons qu'une infime partie et dont l'immense majorité nous échappe. Ou bien le vertige est-il trop grand pour que nous acceptions de le regarder en face ? Nous camouflant derrière tout ce que nous pouvons pour ne pas voir, faire semblant de ne pas voir la Vérité. La Toute-Puissance d'Allah, Son Infinie Grandeur face à nos vies misérables, petites, si minuscules et qui pourtant, malheureusement, ne nous empêchent pas, toujours pas, de ne voir que nous, nous, encore et rien que nous.
Salam
Nazir
15:12 Publié dans Regard sur l'extérieur | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
02.05.2006
2 mai 2006
Salam,
les expatriés français au Moyen-Orient - Jordanie, Emirats, etc... - qui tiennent des blogs ( cf le abudhablog de Lucie Werther, wire.blogspirit, etc.... ) révèlent le plus souvent leur ignorance des moeurs et coutumes de leurs pays d'accueil.
Ainsi, sur wire.blogspirit.com, on peut lire cette expatriée s'étonner de ce que son chauffeur de taxi n'accepte pas qu'elle transporte du jambon ( par ailleurs vendu en pays musulman : finalement, de quel côté est la logique ? ). Telles autres ( souvent, en effet, ceux qui tiennent des blogs sont des femmes ) feignent encore de s'étonner de certains aspects culturels qui, c'est le moins qu'on puisse dire, diffèrent de ceux de l'Occident.
Ces femmes, enfin, qui la plupart du temps sont à peu près libres, de par leur statut d'étrangères, de se comporter "à l'européenne", se rêvent en initiatrices du changement dans ces pays où, selon elles, la femme est encore considérée ( c'est effectivement souvent le cas ) comme un citoyen de seconde zone.
N.HOUSSEN
10:04 Publié dans Regard sur l'extérieur | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
27.04.2006
Se souvenir d'Ahmed, d'Imane et de tous les autres
3 novembre 2005 : Ahmed al Khatib, 12 ans, tué de plusieurs balles à la tête par des soldats israéliens à Jénine alors qu'il jouait avec un pistolet en plastique... Ses parents ont décidé d'offrir ses organes à des israéliens qui en avaient besoin. Qui sème la mort ?
5 octobre 2004 : Imane al Hams, 13 ans, est mortellement blessée sur le chemin de l'école, à Rafah. L'officier israélien qui vida son chargeur sur son corps, dont 3 balles dans la tête, alors qu'elle gisait à même le sol, a été acquitté le 16 novembre 2005. Curieuse justice...
Sans commentaire.
N.HOUSSEN
18:28 Publié dans Regard sur l'extérieur | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
12.04.2006
Les grands enfants
Tocqueville ! Ah Tocqueville ! Le célèbre auteur de « De la démocratie en Amérique », bien sûr. Un observateur assurément admirable de ces sacrés américains, exterminateurs d’indiens mais… chut ! Faut pas le dire trop fort, ils risquent de nous entendre.
Comment aurait-on pu ne pas remarquer ça ? Ne pas remarquer qu’un homme qui admire le système américain est forcément louche quelque part ? BHL et son « American Vertigo » ne font pas exception à la règle.
Car Tocqueville, pour revenir à ce grand visionnaire, n’a pas écrit que « De la démocratie en Amérique », il a aussi écrit « Travail sur l’Algérie ». Morceaux choisis : « J’ai souvent entendu en France des hommes que je respecte, mais que je n’approuve pas, trouver mauvais qu’on brûlât les moissons, qu’on vidât les silos et enfin qu’on s’emparât des hommes sans armes, des femmes et des enfants. Ce sont là, suivant moi, des nécessités fâcheuses, mais auxquelles tout peuple qui voudra faire la guerre aux Arabes sera obligé de se soumettre ». Ou encore : « Je crois que le droit de la guerre nous autorise à ravager le pays et que nous devons le faire soit en détruisant les moissons à l’époque de la récolte, soit dans tous les temps en faisant de ces incursions rapides qu’on nomme razzias et qui ont pour objet de s’emparer des hommes ou des troupeaux. »
Et même : « Les grandes expéditions me paraissent de loin en loin nécessaires : 1° Pour continuer à montrer aux Arabes et à nos soldats qu’il n’y a pas dans le pays d’obstacles qui puissent nous arrêter ; 2° Pour détruire tout ce qui ressemble à une agrégation permanente de population, ou en d’autres termes à une ville. Je crois de la plus haute importance de ne laisser subsister ou s’élever aucune ville dans les domaines d’Abd el-Kader. »
Quand en 2002 Bush envahit l’Irak pour «propager la démocratie au Moyen-Orient », je me dis que depuis Tocqueville, décidément, ça tourne à l’obsession. Et dire que ces crétins de palestiniens n’ont pas encore compris la leçon, qui votent Hamas. Ah, ces Arabes ! Il faut toujours leur montrer la voie à suivre, à ces grands enfants ! Pour la peine, nous, courageux européens, allons priver l’Autorité palestinienne de toute ressource, ça leur fera les pieds en attendant qu’ils comprennent. Et puis d’ailleurs, ils n’ont qu’à aller demander à leurs riches voisins du Golfe de les aider. Entre voisins, faut bien se serrer les coudes !
Pitoyables mesquineries, honteuses machinations de gouvernements serviles.
N.HOUSSEN
20:09 Publié dans Regard sur l'extérieur | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
27.08.2005
Les autres
Saint-Louis, samedi 27 août 2005
Salam,
« Nous vous avons certes créés en peuples et tribus afin que vous vous connaissiez… »
Ce « simple » verset suffirait à prouver que le communautaris-
-me n’a pas sa place en islam.
Car comment connaître l’autre si l’on est replié sur soi, dans une posture défensive ?
A tous nos détracteurs, ceux qui justement fustigent notre communautarisme – réel ou factice -, il faut dire clairement que l’islam n’est pas une religion de l’exclusion. Ce n’est pas parce qu’on entre en islam qu’on est coupé de tout lien avec l’extérieur, au contraire !
Et ce n’est pas seulement à nos détracteurs qu’il faut le dire, mais aussi à tous ceux qui, parmi les musulmans eux-mêmes, prônent, ouvertement ou de façon indirecte, ce repli sur soi.
Cette attitude reviendrait à contredire le sens même du verset cité en introduction.
Le communautarisme est effectivement une réalité dans certains pays comme la Grande-Bretagne, où les musulmans ont « leurs quartiers », où ils vivent « entre eux », ne sortant finalement plus de ces ghettos où ils ont choisi de vivre, où on les a parfois volontairement regroupés.
Connaître l’autre. C’est une nécessité. Nul ne peut se permettre de vivre seul ou même parmi les siens, ceux qui lui ressemblent, à l’exception de tous les autres.
Nous devons entendre plus souvent nos oulamas et nos savants dire que les chrétiens, les juifs, les hindous, les bouddhistes, les athées, et les innombrables « autres » ne sont pas nos ennemis, ni des infidèles qui iront en enfer parce qu’ils ne croient pas ou parce qu’ils croiraient mal.
Nous devons impérativement abandonner cette posture éternellement défensive et vouée à l’échec. Nous ne sommes pas le peuple élu. Nous avons oublié que nous n’étions que des créatures imparfaites, comme tous les hommes sur cette terre, et que si nous avons besoin de Dieu, nous avons, aussi, besoin de nos semblables, sinon, pourquoi Dieu les aurait-il créés ?
Je le dis et le redis ici : connaître l’autre n’est pas un luxe qu’on peut se permettre de temps à autre, lors d’un dialogue inter-religieux ou de loin, comme pour dire à l’autre : je te vois, on dirait bien qu’on est pareils mais tu es bien là où tu es et moi là où je suis : reste à ta place, je reste à la mienne. Inutile de se rapprocher, je préfère garder mes distances, de peur…
De peur de quoi ? De me perdre ? Le contact avec l’autre est donc susceptible de nous perdre ? Dans ce cas, il ne nous reste plus qu’à ériger de hauts murs et à ne plus en sortir, seule façon de nous préserver de cet « autre » tellement dangereux et dont le simple contact risque à coup sûr de me faire perdre ma foi, mon âme et tout le reste.
21:10 Publié dans Regard sur l'extérieur | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

