02.05.2007
Pompe à dour
Salam,
Les Mille et une Nuits sont une source de plaisir inépuisable pour le lecteur. L’humour qui en ressort est si drôle, léger, aérien, et même quand il semble osé, on sourit de l’audace de(s) l’(les)écrivain(s) (?) pour l’époque. Quand on voit la tristesse actuelle, c’est réjouissant de penser qu’à l’époque, au moins, ils savaient s’amuser, ne serait-ce que littérairement parlant.
Connaissez-vous l’histoire des trois souhaits ? Celle d’Abou-Kir et d’Abou-Sir ? Celle d’Aladdin et de la lampe magique ? Celle intitulée Histoire compliquée de l’adultérin sympathique ? Non ? Alors, je ne vous en dirai pas plus : à vous de parcourir ce chef-d’œuvre, que dis-je, ce joyau de la littérature mondiale, qui ne demande qu’à être (re)découvert.
En lisant l’histoire de L’invitation à la paix universelle, mettant en scène un coq et un renard, vous ne pourrez vous empêcher de penser à certaine fable de La Fontaine et vous dire que La Fontaine, avec son corbeau et son renard, ne s’est pas trop foulé pour trouver l’inspiration, même s’il changé ( pour ne pas qu’on dise qu’il a pompé sans vergogne ?) la fin en faveur… du corbeau.
Salam
N.HOUSSEN
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01.05.2007
Faims
Elle m'a pris, la garde-chiourme en question, alors qu'à la main - à la main, le crime ! - je me mettais un petit morceau de saucisse dans la bouche. Qu'est-ce qu'elle ne m'a pas dit !
Ce qu'il y a d'étonnant avec cette garce, c'est qu'elle est capable de vous salir rien qu'avec des mots bien propres : "goulu", "glouton", "arriéré", "tardigrade" ! Quand elle suppose que vous ne comprenez pas, elle vous fournit et la méchanceté et son explication, que vous fassiez des progrès en français en même temps. Une pierre deux coups. En tuer sept et blesser quatorze de la même cartouche : - Tu ne sais pas ce qu'est un tardigrade ? Eh bien, c'est une bête comme toi, attardée comme toi, et en plus, paresseuse ! Tu vois comme ce nom te va bien !
Allez-y, Mademoiselle ! Pas la peine de vous priver. J'ai le dos suffisamment large et mes épaules ne tombent pas si bas ! Faites-moi mal, si vous le pouvez ! Mais je tiens à vous signaler, même si ça n'est que dans mon coeur pour l'instant, que ça ne sera pas tous les jours la fête pour les chipeks-pardon de votre espèce, et qu'on ne me fera pas longtemps encore baisser la tête comme je dois le faire auourd'hui.
J'ai dit : "Faites-moi mal !" Mais quel mal pourriez-vous me faire ! Je me fous, me surfous de toutes les insanités que vous pouvez aboyer derrière moi. Depuis des mille et mille ans, nous Tamouls avons toujours mangé comme ça. Quelle malhonnêteté, quelle malpropreté, il y a-t-il là dedans ? "Manger à la main ! Manger à la main !" dites-vous... tout d'abord nous ne mangeons pas à la main, mais avec les doigts, le bout même des doigts. Car, à la case de grand-mère, si tu en as sali deux phalanges, tu te fais engueuler comme c'est pas possible. Si c'est le doigt entier, lève-toi au plus vite, va te laver les mains et rumine ta faim-valle jusqu'au prochain repas. Si la paume a été touchée, papa dégrafe son ceinturon, car, visage fermé, grand-mère ne peut tarder à dire : - Tu donnes donc le droit à cet enfant de me manquer de respect !
Et ceux qui prétendent que nous mangeons à la main, ou que c'est l'affaire de souillons, ceux-là n'ont jamais vu les doigts fins de grand-mère avec ses deux fines bagues d'or préparer de leur dernière phalange la petite boulette de riz, que le pouce fera glisser dans la bouche.
Alors, mademoiselle la directrice et vieille ravauderie ! ne crois pas que ta crache pourra me salir, ou bien même me mouiller ! Elle roule sur moi, comme eau sur feuille de songe.
Extrait de Faims d'enfance (1987), d'Axel Gauvin
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14.10.2006
Totoche tabouret !
Na in peu i di « le monde entier i vaut pas la z’aile un moustique », seulman tous les soirs banna dann namaz la pou roter pars zott la tro mangé avant ni massid.
Na in pé i koz gro zorey sanm zott marmay, i donn a ou même gros zorey macott pou fais monte a ou zott lé sipériér ou chais pas kossa. Solman banna même i fais semblant zott i aime pas jouer scrabble pars zott i koné pas in merde koman tel ou tel mot i écrit et zott la peur fais faute, monte toutt de moune comment zott lé couillon en fin de compte.
Na in pé i fais zott gros zozo dann bel bel loto, na d’ott i mett a ou la sono là à fond pou fais vantard. Satt na gro loto souvent de fois ta mem pas zott ou bien la pocor paye crédit dessus. Satt i passe sanm zott musique à fond i fais rienk chier toutt de moune : na un jour i appelle demain ou sa zott va gaign le coup et après zott va rodé a koz.
Na in prof zorey i vienn débark la rényon. Là li vient luniversité tampon apprend bann rényoné la « sociolinguistique ». Solman li moucate bann marmay zarab i apprend coran par kér ké i récite comme perroquet : di a li vient écoute banna réciter tous les soirs kan zott la finn pass un journée sans manger, va war si zott lé perroquet ou bien si c’est pa li la trompe pays destination.
Té, mi di pi rien. Ta lér na inn dé va di encor mi lire trop. Sirtout par lé temps qui courent, bann de moune i lire lé mal vi. Pire encor si zott i lire liv Axel Gauvin la écrit en 1975, « Du créole opprimé au créole libéré ».
Alé, nartrouv.
N.HOUSSEN
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21.08.2006
Un Compagnon "casseur le kui"
A ceux qui lui demandaient pourquoi il avait rapporté moins de paroles du Prophète que tel ou tel autre Compagnon, ‘Abdallah ibn al- Zubayr ( dont on ne tient, d’après les sources, que 33 hadiths ) répondait : « J’ai suivi le Prophète dès mon plus jeune âge, et après m’être converti, je suis resté proche de lui. J’ai retenu ses paroles, mais je l’ai entendu dire : « Que celui qui ment sur mon compte à dessein prenne place en Enfer ».
Tous les Compagnons n’étaient pas de cette veine. Abû Hurayra, qui n’a accompagné le Prophète que dans les trois dernières années de sa vie, apparaît dans les recensions comme transmetteur de plus de 3500 hadiths ( 5 374 selon Ibn al-Jawzi ), qui occupent environ 300 pages du Musnad d’Ibn Hanbal. Une telle loquacité suscitait les doutes de ses auditeurs, d’autant que, selon al-Bukhârî ( Sahîh, chapitre sur les « Vertus des Compagnons » ), il avait une réputation de « beau parleur ». Il répondit un jour à ses détracteurs en ces termes : « Abû Hurayra abuse, dites-vous. Aucun autre Compagnon, ni chez les Muhâjirûn, ni chez les Ansar, ne rapporte autant de hadiths. Je vous répondrai ceci : mes frères les Muhâjirûn étaient occupés à faire du commerce, mes frères les Ansâr à cultiver leurs terres, tandis que moi, homme sans attaches matérielles, je passais beaucoup de temps en compagnie de l’Envoyé de Dieu. J’étais présent quand ils étaient absents, et je retenais quand ils oubliaient. » Ailleurs, il explique ainsi son exceptionnelle mémoire : « Le Prophète nous a dit un jour : ‘’Celui qui étend son habit jusqu’à ce que j’aie fini de parler puis le ramène à lui n’oubliera jamais rien de ce que j’ai dit.’’ J’ai fait comme il a dit et, par Dieu, je jure que je n’ai pas oublié une seule de ses paroles. » Ce qui n’empêche pas ‘Abdallâh ibn ‘Umar, Compagnon des plus respectés, de le surnommer « le pieux menteur ». Bukhârî cite un hadith dans lequel le Prophète ordonne de tuer tous les chiens, « sauf les chiens de chasse ». Comme on disait à ‘Abdallâh ibn ‘Umar qu’Abû Hurayra le rapportait en ajoutant « et ceux des champs », il commenta : « Eh bien, on dirait qu’Abû Hurayra a acheté des terres !»
Extrait du « Livre du musulman désemparé », de Hussein Amin
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16.07.2006
Les fabuleuses aventures d'un indien malchanceux
Salam,
je finis la lecture des "fabuleuses aventures d'un indien malchanceux qui devint milliardaire", de Vikas Swarup, livre assez distrayant, mêlant humour, noir le plus souvent, à la tragédie et au drame. C'est "Qui Veut Gagner des Millions" vu par un indien, donc. Chaque chapitre se termine, après le récit de ses aventures, par une question du présentateur du jeu et la réponse de Ram Mohammad Thomas, réponse qui lui a été fournie précédemment ( tout au long de ses aventures, justement ).
Une peinture tragicomique de la société indienne d'aujourd'hui, entre rêves inaboutis et réalités cruelles.
A lire absolument.
Salam
Nazir
16:34 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
14.06.2006
Topaze
Salam,
je finis la lecture de "Topaze", par Marcel Pagnol. La dernière scène du dernier acte, comme toute pièce de théâtre, en constitue le paroxysme. Sinon, ceux pour qui la lecture d'un livre est une activité dépassée, inepte, fastidieuse ou les trois à la fois, il reste le film ( celui avec Fernandel, de 1951, ou d'autres plus anciens ). Je ne résiste pas à l'envie de vous proposer un extrait, que voici ( il s'agit du dialogue entre Topaze, devenu riche et Tamise, son ancien collègue pion, toujours "pauvre" ) :
TAMISE : Mon cher, je suis peut-être bougre, mais je ne suis pas pauvre.
TOPAZE : Toi ? Tu es pauvre au point de ne pas le savoir.
TAMISE : Allons, allons... Je n'ai pas les moyens de me payer beaucoup de plaisirs matériels mais ce sont les plus bas.
TOPAZE : Encore une blague bien consolante ! Les riches sont bien généreux avec les intellectuels, ils nous laissent les joies de l'étude, l'honneur du travail, la sainte volupté du devoir accompli, ils ne gardent pour eux que les plaisirs de second ordre, tels que caviar, salmis de perdrix, Rolls-Royce, champagne et chauffage central au sein de la dangereuse oisiveté !
TAMISE : Tu sais pourtant que je suis très heureux !
Salam
Nazir
20:40 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
07.06.2006
Ich bin ein berliner !
Je vous hais, footballeurs. Vous ne m’avez fait vibrer qu’une fois : le jour où j’ai appris que vous aviez attrapé la chiasse mexicaine en suçant des frites aztèques. J’eusse aimé que les amibes vous coupassent les pattes jusqu’à la fin du tournoi. Mais Dieu n’a pas voulu. Ca ne m’a pas surpris de sa part. Il est des vôtres. Il est comme vous. Il est partout, tout le temps, quoi qu’on fasse et où qu’on se planque, on ne peut y échapper.
Quand j’étais petit garçon, je me suis cru longtemps anormal parce que je vous repoussais déjà. Je refusais systématiquement de jouer au foot, à l’école ou dans la rue. On me disait : « Ah, la fille ! » ou bien : « Tiens, il est malade », tellement l’idée d’anormalité est solidement solidaire de la non-footballité.
Je vous emmerde. Je n’ai jamais été malade. Quant à la féminité que vous subodoriez, elle est toujours en moi. Et me pousse aux temps chauds à rechercher la compagnie des femmes. Y compris celle des vôtres que je ne rechigne pas à culbuter quand vous vibrez aux stades.
Pouf, pouf.
Pierre Desproges, in
Chroniques de la haine ordinaire
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20.05.2006
Bon chiite-bon genre
Elisabeth Lévy : Permettez-moi de me faire l’avocat du Bien. Après tout, il n’y a rien de choquant à ce qu’un Etat veuille défendre ses intérêts. Par ailleurs, et quelque ironie que vous inspire cette idée, peut-être ce monde arabo-musulman dont vous redoutez la réduction en esclavage se trouverait-il un peu mieux, même avec cet ersatz que les Américains exportent sous le nom de démocratie.
Philippe Muray : Drôle de démocratie que les Américains, en ce moment, essaient de vendre à coups de mensonges quotidiens, de chantages, de coups de gueule et de mises au pied du mur ; tandis que la quasi-totalité des populations de la planète ( dont on peut raisonnablement penser qu’elles ne sont tout de même pas à cent pour cent saddamophiles ou irrationnels, ni d’ailleurs toutes anti-américaines ) leur crie que ce projet de « remodelage », tel qu’il se présente en tout cas, est une démence. La Confédération planétaire du Bien ne veut pas le Bien. Elle a d’ailleurs de celui-ci une conception tout enveloppée de pieuses pensées chargées d’en camoufler la corruption. Et c‘est au Bien, en fin de compte, qu’elle va faire payer très cher d’avoir lié sa cause avec son entreprise de saccage en grand. La Confédération planétaire du Bien a pour but une homogénéisation sans précédent qui, sous couvert d’apporter belliqueusement les droits de l’homme, la démocratie, les libertés, un Coran enfin citoyen et paritaire, des sourates souriantes, du musulman BCBG ( bon chiite-bon genre ) et l’Internet à haut-débit, veut achever de dissoudre les singularités régionales, les antagonismes locaux, les résistances et les négativités de toutes sortes qui subsistent dans tant de coins obscurs de la Terre, notamment ceux où on croupit devant un thé à la menthe en remuant un chapelet. Je ne redoute nullement les velléités de réduction du monde arabe en esclavage qui démangent Washington. Je n’ai pas, croyez-moi, une sympathie si débordante pour le monde islamique. Si je m’intéresse à son remodelage par les Américains, c’est que je m’intéresse à la façon dont mon monde a été remodelé ( pas seulement par les Américains ), c’est à dire détruit sans retour, et que je vois là une occasion de comprendre ce remodelage et cette destruction, en en observant une nouvelle étape.
Mars 2003
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19.05.2006
Le Cratyle
Philippe Muray : […] Le nomothète de Socrate dans le Cratyle, ce législateur ivre qui, à la place de Dieu, attribue aux choses des noms qui en représentent l’essence, et donc réconcilie culture et nature, nomos et physis, mais se contredit sans cesse parce qu’il est ivre, c’est déjà mon festivocrate. Dans tous les domaines, je l’ai dit, les festivocrates veulent que ce qu’ils décrètent soit considéré comme naturel, donc qu’entre leurs inventions et la réalité il n’y ait plus de différence, et même qu’existe un lien de nature indiscutable entre les deux. Inceste du signe et de son référent. Ils ne veulent plus voir qu’une classe, la classe fréquentante. Ce sont les flics et les mouchards, et aussi les agents recruteurs de la nouvelle société, autrement dit des artistes. Faute de réaliser quoi que ce soit de présentable, ils en imposent la perception élogieuse, au besoin par la terreur et le chantage. Le peuple qui leur déplaît, ils le changent ; le jugement qui leur déplaît, ils le changent aussi. Ils changent également le langage à leur guise, selon ce que leur dicte leur principe de plaisir. Le fantasme règne et le droit, « fondé sur le principe généalogique, laisse la place à une logique hédoniste héritière du nazisme », comme l’a dit récemment et courageusement Pierre Legendre qui parlait du Pacs et de l’institution de « l’homosexualité avec un statut familial ». Le vocabulaire défiguré prend en charge l’irréalisme général. J’ai lu récemment l’éloge des nouveaux restaurateurs et des nouvelles restauratrices qui savent, en cuisine, « faire clignoter la modernité de leurs ruptures » ( par la « provocation au métissage » dans la préparation du jarret de porc ( NDR : double beuuurk ! ). J’ai lu que deux lesbiennes racontaient qu’elles avaient « eu » un enfant ( pas d’affolement : l’une des deux l’a eu par insémination artificielle avec donneur anonyme, comme tout le monde ). J’ai lu qu’il y a quelque temps, je ne sais où en France, le père d’un garçon de huit ans s’est fait opérer pour « devenir une femme » puis a demandé que, dans la famille, on l’appelle désormais « maman ». J’ai lu aussi que sa femme lui a cédé ce titre, acceptant de n’être plus que la « tante » de son jeune fils, tandis que son propre amant devenait « papa » pour l’enfant.
Elisabeth Lévy : Je ne sais pas si c’est de la culture mais il faut reconnaître que c’est fort éloigné de la nature…
P.M : J’en ai lu encore bien d’autres ( et toujours la même question me revient à l’esprit : peut-on encore écrire des romans après ça, est-ce bien nécessaire ? ).
Festivus, festivus, pages 187-189
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15.05.2006
Confuso-onirisme
Si j’insiste sur le festivisme comme véritable tissu conjonctif du monde présent, ou comme nouveau principe anthropologique, et non comme épiphénomène ou comme symptôme, c’est que le festivisme m’apparaît comme la nouvelle névrose collective qui dispense chacun ( ainsi que jadis Freud le reprochait à la religion ) de se faire une névrose personnelle. C’est aussi la raison pour laquelle les nouveaux individus sont d’une consistance très spéciale ( et c’est également la raison pour laquelle les personnages de romans ne peuvent plus être taillés sur des patrons connus ). Prenons quelques exemples. En matière de faits divers, quels ont été les « héros » de cet été ( 2001, NDR ) ? Un jeune homme qui a braqué une agence de la Caisse d’épargne de Cergy-Pontoise et un autre dont on ne sait trop s’il a volontairement percuté avec sa voiture une gamine qui roulait à vélo, ni s’il l’a violée et étranglée, mais dont on est sûr qu’il a brûlé son corps dans une forêt de Moselle. Le braqueur de la Caisse d’épargne de Cergy-Pontoise y est arrivé perruqué et costumé en femme, il a tué trois personnes, s’est fait ouvrir les coffres et n’a pas emporté l’argent qui s’y trouvait. En revanche, il a fait main basse sur les téléphones portables des otages. Quinze jours plus tôt, il était dans un centre aéré où il s’occupait d’enfants, et ceux-ci le décrivent comme « le moniteur le plus cool de la colo ». Quant aux motivations de son triple crime, il n’a pas l’air de les comprendre lui-même. L’assassin de Karine, Stéphane, est tout aussi confus que le braqueur de la Caisse d’épargne, mais tous deux sont encore battus à plates coutures par la bien nommée Péroline, compagne de Stéphane, qui n’a cessé de revenir sur ses déclarations, d’accuser puis de ne plus accuser son compagnon d’avoir étranglé l’adolescente et de l’avoir violée, etc. Sortant de sa première confrontation avec l’assassin présumé, Péroline s’est dite « super-contente » de l’avoir revu. Plus tard, après bien des revirements, Péroline confie à son avocate : « Je commence à voir que c’est grave, j’atterris1. »
Tous ces gens qui semblent agir sans rime ni raison, et qui ont le trouble de l’entendement chevillé au corps, sont aussi profondément enracinés dans le nouveau monde confuso-onirique dont on nous chante tant de merveilles. Ce sont des membres actifs, et même hyperactifs, de l’Eglise de la nouvelle innocence imaginiste. Je veux dire par là qu’ils font littéralement n’importe quoi. Le sens de la réalité leur échappe parce qu’ils ont fait pour ainsi dire l’économie de l’étape oedipienne et que la séparation entre Moi et non-Moi n’existe pas pour eux. Leur vision du monde est de type fusionnel. Ils retournent à l’état de nature, à un nouvel état de nature, et c’est ce que veulent toutes les forces organisées ( même si elles s’étonnent à chaque fois, mais un peu tard, d’avoir produit de tels monstres en rendant obligatoires leurs nouvelles et merveilleuses « valeurs » ). Ce sont les enfants naturels de la société hyper festive et de la confusion programmée. Ils ont pris à la lettre le mot d’ordre de la propagande moderne : l’onirique c’est le réel.
Festivus festivus, pages 96-97
1. A quelques jours de là, on devait apprendre que la mère de Stéphane, enfant adopté, avait elle-même été adoptée et que Stéphane était le fruit d’un viol commis sur elle par son propre père adoptif : Stéphane étant donc le fils biologique de son grand-père légal. Quant à Péroline, on apprenait aussi que sa mère l’avait très tôt abandonnée, s’était enfuie à Cannes et s’y faisait appeler Sophie Marceau ( août 2001 ).
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