28.12.2007

Rêve éveillé

Salam,
sombrer dans la mélancolie. Se laisser aller. Laisser son esprit s'enfoncer dans le bourbier sans fond de l'ennui. Ressasser encore et encore les mêmes pénibles expériences d'une vie sans relief. Quand la monotonie s'installe, dur dur de la faire s'en aller car elle fait partie de ces intruses qui ne savent pas partir. Se languir. Regarder la marche du monde et s'en soucier comme de sa dernière chemise. S'abreuver d'images (violentes, crues, paisibles, neutres). Crier sa rage silencieusement. Contre les mensonges institutionnalisés. La gangrène du corps social. La gangrène du corps tout court. La colonisation des esprits par la pensée unique qui croit qu'en multipliant les voix qui disent la même chose elle passera mieux auprès des derniers qui résistent. S'emporter contre les siens. Contre les autres. Contre soi-même. Contre le diable et contre Dieu lui-même. Rester là, planté à attendre que le miracle arrive, sans se faire d'illusion sur sa survenue. Etre bien. Etre bien mal en point. Etre une loque. Croire que l'espoir n'est pas mort. Etre. Encore et encore et encore. Jusqu'à la mort. Jusqu'à ce que la mort nous sépare de ce monde auquel nous n'appartenons pas. Oublier. Dormir puis se réveiller. En ce monde. Encore et encore.
Salam
Nazir

26.12.2007

Les larmes des hommes

Salam,
les hommes pleurent. Cette évidence est trop souvent oubliée. Niée. Or, les hommes pleurent. Non pas par sensiblerie, parce que ce seraient des "chochottes" ou que sais-je encore. Non. Les hommes pleurent quand ils font face à certaines réalités contre lesquelles ils se savent impuissants : la mort d'enfants en fait partie, même si la mort touche vieux et jeunes indistinctement.
Une petite fille, que dis-je, un bébé de 19 mois est mort ce lundi à côté de chez nous. Sans doute son heure était-elle arrivée. Sans doute. Mais au moment d'écrire ces lignes, ce que je retiens, c'est la tristesse que j'ai lue sur le visage de son père qui m'a frappé. Une tristesse d'homme. Celle d'un père qui a perdu son enfant. Tout... simplement.
Salam
Nazir

20.12.2007

Question de tempérament

Salam,
On était faits l’un pour l’autre : elle aurait voulu mourir en sijdah (en prosternation) à Macca devant la Kaaba, moi (pour enchérir), comme le sheikh Yassine et ceux qui l’entouraient, pulvérisé par un missile tiré d’un Apache (vous savez, ces hélicos dont se servent si habilement les israéliens). Enfin, c’est ce que je disais. Car en étais-je capable ? Et d’ailleurs, qui en est capable ? Il faudrait demander aux israéliens si la perspective de mourir de la façon dont ils font mourir leurs ennemis leur irait. Car bien peu d’entre eux, sinon aucun, en seraient capables. Alors pourquoi ? Pourquoi toute cette souffrance infligée à autrui alors même qu’on est incapable de supporter la plus petite piqûre de moustique ?
Finalement, elle et moi, ça n’a pas marché. Question de tempérament, peut-être. Ou bien d’autre chose. Quoi ?…
Nazir

15.12.2007

On est bien peu de choses...

Pourquoi je me foutrais de toi ? Après tout, on ne se connaît pas. On ne se connaîtra même sans doute jamais. Jamais à fond. Car tout est superficiel, en ce monde : nos vies, malgré toute l’intensité qu’on peut y mettre, même si nous y mettons toute notre âme (éternelle, elle), sont bien (dé)limitées. Alors si l’âme est éternelle, c’est effectivement pour que nous la préparions pour cet Au-Delà auquel elle est appelée : un Au-Delà où elle sera ou tourmentée, ou traitée avec tous les égards, selon ce qu’elle aura accompli… ici-bas (qui est éphémère).

« On est bien peu de choses
et mon amie la rose me l'a dit ce matin

A l'aurore je suis née
Baptisée de rosée
Je me suis épanouie
heureuse et amoureuse
au rayon du soleil, me suis fermée la nuit, me suis réveillée vieillie

Pourtant j'étais très belle, oui j'étais la plus belle des fleurs de ton jardin.

On est bien peu de choses
et mon amie la rose me l'a dit ce matin

Vois le Dieu qui m'a faite, m’a fait courber la tête et je sens que je tombe et je sens que je tombe, mon coeur est presque nu, j'ai le pied dans la tombe, déjà je ne suis plus.

Tu m'admirais hier et je serai poussière pour toujours demain.

On est bien peu de choses
et mon amie la rose est morte ce matin

La lune cette nuit a veillé mon amie, moi en rêve j'ai vu éblouissant émue son âme qui dansait bien au-delà des nues et qui me souriait.

Crois celui qui veut croire, moi j'ai besoin d' espoir sinon je ne suis rien

On est bien peu de choses et mon amie la rose me l'a dit ce matin. »

Chanson de Françoise Hardy reprise par Natacha Atlas

10.12.2007

Prière et prière

Le Prophète (SAW) aurait dit : « Quand je fais un salam (salutation qui conclut la prière), je ne suis pas sûr de terminer le deuxième .»
Comment pourrait-on interpréter cette parole ? Est-ce que le Prophète (SAW) était si concentré dans la prière, son lien avec Dieu était si prenant et si intense qu’il aurait pu y succomber ? Sans doute… Est-ce la crainte du Très-Haut qui lui faisait dire de telles paroles ? Combien de récits rapporte-t-on de saints qui, à l’évocation des versets sur le Courroux divin, Ses châtiments, l’Enfer, ont succombé en pleine prière, pris de saisissement ?
Il y a bien, dans les prières des uns et des autres, des degrés différents dans l’élévation spirituelle qu’elles procurent : ne dit-on pas que pour certains, leur prière ne s’élève pas plus haut que le dessus de leur tête, tandis que d’autres sont en présence du Très Rapproché ?
Nous prions bien côte à côte, sur les mêmes rangs et derrière le même imâm mais cette prière ne procure pas les mêmes bienfaits aux uns et aux autres. Un peu comme une douche qui fera un bien fou à certains et qui ne sera pour d’autres qu’une corvée, ceux-là détestant d’ailleurs être mouillés.
Nazir HOUSSEN

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