23.11.2007

Exils

L’histoire de l’homme est celle de séparations successives : exil forcé du paradis d’abord, pour nos père et mère à tous, Adam et Eve. Exil des flancs du père ensuite, sous forme d’une goutte de sperme. Accueilli au sein du ventre maternel puis exilé, neuf mois plus tard, de ce même ventre. La rupture du cordon ombilical marquant la scission définitive d’avec la mère. Le sevrage, qui est un exil du sein maternel.

L’école, un exil (temporaire mais exil tout de même) de la maison faisant toujours partie de cet apprentissage de la séparation. L’armée, exil du foyer, pour rejoindre ses compagnons d’armes. En cas de guerre à mener en terre étrangère, exil de la nation. Le voyage est un exil puis enfin la mort, l’exil suprême lorsqu’on finit par abandonner ce corps-là même, qui a servi d’enveloppe charnelle à notre âme qui, seule, survivra au passage dans ce monde où tout, du début à la fin, n’aura été qu’exils suivis d’exils.

Question : pourquoi s’attache-t-on, dès lors, à ce monde qui n’a fait que nous préparer, du début à la fin, à la séparation ultime, à la mort ? Parce que nous croyons devoir vivre éternellement (même si tout au fond de lui chacun sait qu’il n’y échappera pas). Or, nous devrions, d’après nos enseignements, vivre pour l’Au-Delà comme si nous devions mourir demain : c’est-à-dire préparer activement, comme pour un voyage très proche, notre passage dans l’autre monde. Tandis que nous devrions œuvrer pour ce monde-ci comme si nous devions vivre éternellement : c’est-à-dire avec une certaine insouciance. Se soucier de l’avenir, certes, mais tout en sachant que demain ne nous appartient pas.

Penser souvent à la mort et ne pas s’attacher à ce monde, que l’on sait devoir quitter : deux enseignements au cœur de notre religion, l’islam, qui, loin d’être une religion morbide, nous apprend au contraire que la vraie vie, celle pour laquelle nous devons œuvrer sans cesse, n’est pas celle, éphémère, que nous croyons mener. La vraie vie, la vie éternelle, est celle qui nous attend après la mort et nous devons, jour après jour, nous préparer pour elle.

Nazir HOUSSEN

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