21.08.2006
Un Compagnon "casseur le kui"
A ceux qui lui demandaient pourquoi il avait rapporté moins de paroles du Prophète que tel ou tel autre Compagnon, ‘Abdallah ibn al- Zubayr ( dont on ne tient, d’après les sources, que 33 hadiths ) répondait : « J’ai suivi le Prophète dès mon plus jeune âge, et après m’être converti, je suis resté proche de lui. J’ai retenu ses paroles, mais je l’ai entendu dire : « Que celui qui ment sur mon compte à dessein prenne place en Enfer ».
Tous les Compagnons n’étaient pas de cette veine. Abû Hurayra, qui n’a accompagné le Prophète que dans les trois dernières années de sa vie, apparaît dans les recensions comme transmetteur de plus de 3500 hadiths ( 5 374 selon Ibn al-Jawzi ), qui occupent environ 300 pages du Musnad d’Ibn Hanbal. Une telle loquacité suscitait les doutes de ses auditeurs, d’autant que, selon al-Bukhârî ( Sahîh, chapitre sur les « Vertus des Compagnons » ), il avait une réputation de « beau parleur ». Il répondit un jour à ses détracteurs en ces termes : « Abû Hurayra abuse, dites-vous. Aucun autre Compagnon, ni chez les Muhâjirûn, ni chez les Ansar, ne rapporte autant de hadiths. Je vous répondrai ceci : mes frères les Muhâjirûn étaient occupés à faire du commerce, mes frères les Ansâr à cultiver leurs terres, tandis que moi, homme sans attaches matérielles, je passais beaucoup de temps en compagnie de l’Envoyé de Dieu. J’étais présent quand ils étaient absents, et je retenais quand ils oubliaient. » Ailleurs, il explique ainsi son exceptionnelle mémoire : « Le Prophète nous a dit un jour : ‘’Celui qui étend son habit jusqu’à ce que j’aie fini de parler puis le ramène à lui n’oubliera jamais rien de ce que j’ai dit.’’ J’ai fait comme il a dit et, par Dieu, je jure que je n’ai pas oublié une seule de ses paroles. » Ce qui n’empêche pas ‘Abdallâh ibn ‘Umar, Compagnon des plus respectés, de le surnommer « le pieux menteur ». Bukhârî cite un hadith dans lequel le Prophète ordonne de tuer tous les chiens, « sauf les chiens de chasse ». Comme on disait à ‘Abdallâh ibn ‘Umar qu’Abû Hurayra le rapportait en ajoutant « et ceux des champs », il commenta : « Eh bien, on dirait qu’Abû Hurayra a acheté des terres !»
Extrait du « Livre du musulman désemparé », de Hussein Amin
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