27.08.2005

Les autres

Saint-Louis, samedi 27 août 2005


Salam,
« Nous vous avons certes créés en peuples et tribus afin que vous vous connaissiez… »
Ce « simple » verset suffirait à prouver que le communautaris-
-me n’a pas sa place en islam.
Car comment connaître l’autre si l’on est replié sur soi, dans une posture défensive ?
A tous nos détracteurs, ceux qui justement fustigent notre communautarisme – réel ou factice -, il faut dire clairement que l’islam n’est pas une religion de l’exclusion. Ce n’est pas parce qu’on entre en islam qu’on est coupé de tout lien avec l’extérieur, au contraire !
Et ce n’est pas seulement à nos détracteurs qu’il faut le dire, mais aussi à tous ceux qui, parmi les musulmans eux-mêmes, prônent, ouvertement ou de façon indirecte, ce repli sur soi.
Cette attitude reviendrait à contredire le sens même du verset cité en introduction.
Le communautarisme est effectivement une réalité dans certains pays comme la Grande-Bretagne, où les musulmans ont « leurs quartiers », où ils vivent « entre eux », ne sortant finalement plus de ces ghettos où ils ont choisi de vivre, où on les a parfois volontairement regroupés.
Connaître l’autre. C’est une nécessité. Nul ne peut se permettre de vivre seul ou même parmi les siens, ceux qui lui ressemblent, à l’exception de tous les autres.
Nous devons entendre plus souvent nos oulamas et nos savants dire que les chrétiens, les juifs, les hindous, les bouddhistes, les athées, et les innombrables « autres » ne sont pas nos ennemis, ni des infidèles qui iront en enfer parce qu’ils ne croient pas ou parce qu’ils croiraient mal.
Nous devons impérativement abandonner cette posture éternellement défensive et vouée à l’échec. Nous ne sommes pas le peuple élu. Nous avons oublié que nous n’étions que des créatures imparfaites, comme tous les hommes sur cette terre, et que si nous avons besoin de Dieu, nous avons, aussi, besoin de nos semblables, sinon, pourquoi Dieu les aurait-il créés ?
Je le dis et le redis ici : connaître l’autre n’est pas un luxe qu’on peut se permettre de temps à autre, lors d’un dialogue inter-religieux ou de loin, comme pour dire à l’autre : je te vois, on dirait bien qu’on est pareils mais tu es bien là où tu es et moi là où je suis : reste à ta place, je reste à la mienne. Inutile de se rapprocher, je préfère garder mes distances, de peur…
De peur de quoi ? De me perdre ? Le contact avec l’autre est donc susceptible de nous perdre ? Dans ce cas, il ne nous reste plus qu’à ériger de hauts murs et à ne plus en sortir, seule façon de nous préserver de cet « autre » tellement dangereux et dont le simple contact risque à coup sûr de me faire perdre ma foi, mon âme et tout le reste.

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